Plus que la "ligne" : l'équilibre
La nutrition des athlètes de haut niveau

Bruno Heubi, champion du monde
par équipe des 100 km à Cleder (Bretagne) en 2001.
Les techniques les plus fines (des plus saines aux moins avouables) pouvant faire gagner quelques points dans les performances ont toutes été explorées. Sauf une : l’alimentation saine. Bruno Heubi, professeur de sport et « cent-bornard », parle de son vécu.
Il n’est pas aisé, lorsque l’on est athlète de haut niveau, de trouver de nouvelles sources de progrès. En effet, chaque paramètre qui contribue à la performance est censé être plus ou moins optimisé. Il est difficile d’augmenter le volume d’entraînement sans risque de blessure ou d’exposer l’organisme à un affaiblissement. L’hygiène de vie est en principe correcte et chaque année, il est de plus en plus difficile de se maintenir au sommet, de concilier son travail, sa vie de famille et l’entraînement.
De plus, ma pratique sportive est particulièrement exigeante puisque je suis coureur de 100 km. Hé oui, ça existe ! 100 km en courant, en une seule fois, oui… et à près de 15 km / h, en ce qui me concerne. Après 6 années passées à porter les couleurs de l’équipe de France et 11 sélections, il est de plus en plus dur pour le plus ancien de la sélection que je suis devenu à 43 ans, de se maintenir au niveau international.
Sur le plan diététique, comme bon nombre de coureurs, je connaissais plus ou moins les règles de base consistant à éviter les matières grasses, privilégier les glucides lents etc. Mais cette démarche consistait plus à éviter de se nourrir mal ou de prendre du poids plutôt que de réellement prendre en compte l’alimentation comme un facteur contribuant à part entière à la réalisation de la performance sportive au même titre que l’entraînement, les soins etc.
Cette prise de conscience s’est faite à l’occasion de ma rencontre avec Jean Celle de la société Celnat. Il fut d’abord question du jus d’herbe d’orge comme complément alimentaire d’une haute densité nutritionnelle bien plus adapté que les nombreux produits généralement utilisés par les athlètes, issus de l’industrie pharmaceutique et dont l’origine chimique ne permet pas une assimilation optimale. Car il faut savoir que l’exigence de l’épreuve que je pratique, de par sa nature même, tant sur le plan de l’intensité que sur celui du volume, incite à la supplémentation alimentaire afin de combler les déficits occasionnés par la course à pied ou bien encore par l'apport d'antioxydants indispensables pour protéger le sportif contre l’augmentation des radicaux libres pendant l’effort.
L’idée est donc assez répandue dans ce milieu de la nécessité d’avoir recours aux compléments – en dehors de toute idée de dopage bien entendu – afin de réduire les manques. Levure diététique, germe de blé, sélénium et autres complexes polyvitaminés spécialement élaborés pour les sports d’endurance font donc partie de la panoplie habituelle des coureurs soucieux de conserver leur forme physique.
Des aliments complets pour des sportifs complets
Grâce aux discussions de ce passionné de diététique et par sa volonté de transmettre ses connaissances, Jean Celle a pu répondre à ma curiosité et me faire prendre conscience de la nécessité d’envisager l’alimentation comme un facteur à part entière concourant au bien-être, à l’équilibre et à la santé de l’athlète mais aussi de l’être humain. J’ai donc mis en application ses conseils en supprimant dans un premier temps tous les aliments raffinés, appauvris en vitamines, en minéraux et dépourvus d’enzymes, de ma ration quotidienne. En effet, ceux apportés par les céréales complètes sont d’un grand intérêt pour un sportif qui en fait une consommation quasi quotidienne.
J’ai remplacé peu à peu les produits laitiers par le soja pour la qualité des protéines qu’il apporte tout en évitant les inconvénients dus au lactose. J’ai privilégié les fruits de saison, en évitant d’avoir recours à la congélation… bref, tous les principes de base d’une alimentation saine et équilibrée.
Dans le même temps, j’ai pu parler avec Armand Tomaszewski, notre médecin de l’équipe de France de cette nouvelle stratégie nutritive. Sa propre conception et pratique personnelle étant fort similaire, j’ai pu me livrer, avec son assentiment, sans retenue à ce qui est devenu pour moi à la fois une découverte purement intellectuelle et théorique, mais aussi et surtout d’une expérience gustative et spirituelle complètement nouvelle et tellement enrichissante.
Il me convainc notamment de dépasser l’approche trop stricte que j’avais, comme la plupart des athlètes, vis à vis des matières grasses et plus particulièrement concernant les acides gras essentiels. En effet, c’est souvent, chez les sportifs soucieux de leur ligne, une attitude de pur rejet qui prévalait dans ce domaine. Or, il me fit comprendre tout l’intérêt d’envisager cette catégorie d’aliments comme un apport, non seulement nécessaire, mais surtout indispensable. Ainsi, l’utilisation tant en raison de leurs vertus diététiques que pour leurs effets anti-inflammatoires par exemple qu’elles induisent, des huiles de colza et d’olive se sont imposées à moi comme une nécessité.
Mes échanges avec Jean Celle m’ont permis également de mieux connaître le régime crétois et l’alimentation japonaise dont les principaux avantages résident entre autres dans la qualité remarquable des apports en protéines de haute qualité nutritionnelle. Cette catégorie d’aliments est importante dans les sports d’endurance où la répétition des chocs quand l’effort est de longue durée (2 heures et plus) provoque des microlésions préjudiciables à l’intégrité musculaire.
La restauration des dommages ne peut se faire rapidement et naturellement qu’à partir de l’alimentation. Elle permet d’éviter ainsi l’utilisation de produits à base d’acides aminés ramifiés, certes tout à fait autorisés, mais dont la qualité de la fabrication chimique ne peut être comparable à celle d’un aliment naturel.
Le natto, par exemple, en est une illustration remarquable. Cet aliment traditionnel et populaire japonais, issu de la fermentation naturelle du soja jaune, est un condiment qui permet un apport à la fois protéinique de grande qualité avec notamment des acides aminés ramifiés, des acides gras essentiels et des vitamines dont l’assimilation ne peut en rien être comparable avec celle d’un cachet ou d’une poudre fussent-ils de la meilleure composition possible. La biodisponibilité d’un aliment naturel et sain ne pourra jamais être comparée avec celle d’un produit d’origine chimique.
Les teneurs en protéines de ces aliments, souvent supérieures à celles de la viande et du poisson permettent une alternative à celles d’origine animale dont, en plus, les filières actuelles restent sujettes à bien des interrogations.
Les habitudes nutritionnelles ont beaucoup changé depuis cinq décennies. L’appauvrissement des sols épuisés par une agriculture intensive, le recours massif aux engrais et pesticides ne permettent plus de produire des aliments d’une qualité nutritive comparable à celle que pouvaient avoir nos parents et grands-parents. Tout cela impose la recherche d’aliments d’une haute qualité nutritionnelle pour permettre au sportif que je suis de répondre aux exigences que nécessite ma pratique et à l’homme de s’inscrire dans une démarche d’équilibre alimentaire moderne, soucieux de sa santé, de son bien-être et de son environnement.
Bruno Heubi.
extrait de Biocontact n°134 (mars 2004) dossier Sport